Emmanuel Béziat

Emmanuel Béziat

jeune développeur web perpignanais passionné de geekeries

je travaille chez Italic, une chouette web-agency à Paris

je fus également formateur web à l’IDEM, dans le sud plein de soleil

Le nouveau logo d’Instagram ? On s’en fout !

c’est LE grand événement qui secoue la toile. La famine, la guerre ne comptent plus. Même Nabilla est reléguée au second plan médiatique. Parce qu’être Charlie ça va un temps, mais il ne faut pas non plus exagérer ! Oui, aujourd’hui, le grand malheur d’internet, c’est le nouveau logo d’Instagram.

Si si, je te jure. Parce qu’il est tellement moche que même mon petit frère fait mieux sous paint (j’ai déjà entendu ça quelque part…).

D’ordinaire, je me tamponne littéralement l’oreille de toutes ces tragédies qui secouent le merveilleux quotidien des braves gens (qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ♪♫). Mais le débat dérive beaucoup sur le flat design, et comme le design j’aime bien ça (et le flat design aussi)… Hé ben maintenant, j’ai envie d’en parler aussi !

Et je vais commencer par le point que tout le monde semble ne pas voir :

Le vieux logo était mauvais !

Boum, j’attaque direct ! Ça dénonce sévère ici !

Non mais sérieusement, je vais étayer un peu mon propos, et en arriver à la conclusion précédemment citée (qui en fait sert d’introduction, parce que je regarde plein de documentaires conspirationnistes alors je sais comment on fait pour persuader n’importe qui de n’importe quoi).

Qu’est-ce qui fait un bon logo ?

Le logo, c’est la tête d’une marque. Un bon logo est un signe fort, une garantie de reconnaissance, d’une facilité marketing. Pour faire un bon logo, il faut une bonne idée. Quelque chose d’original, de marquant, d’ingénieux, ou d’original (ou encore mieux : tout à la fois !).

On reconnaît un excellent logo (et un excellent branding en général) au fait qu’il soit intemporel. Par exemple, le logotype d’une célèbre boisson gazeuse à base de feuille de coca, pratiquement inchangé depuis plus d’un siècle : aucune ride, aucun doute possible. Une typo qui est toujours dans l’air du temps, que ce soit en 1920, en 1987 ou en 2016. Exemple d’un mauvais branding : son concurrent de toujours, qui a eu tellement de logos, de typographies et d’années d’errances visuelles qu’il est impossible à la majorité de la population de le décrire de tête (faites l’expérience).

Alors certes, le logo de la marque du père-noël (je vous avais dit que j’aime regarder des vidéos avec des théories débiles !) n’est pas un modèle d’ingéniosité, mais il marche parfaitement (et on verra pourquoi ci-après). Mais des idées de logos superbement créatifs, on en trouve à la pelle sur internet : 99 creative logo designs for inspiration. Regardez “Fish Food”, “Loveclip”, “Motion”, “Fence”, “Turn”, “Twins”, “Up”, “Antartica”, “One”, “Cook Finder”, “Horror Films”, “Rocket Golf”, “Lab”, “Killed”, “Sushi”, “Choose”, “Bison”, “Wiesinger Music”, “Pencil”… À chaque fois, une idée simple mais brillante. Un logo simple mais ingénieux. Il y en a plein, cherchez-en d’autres !

Mais surtout, vous avez noté ? Tous ces logos… Ils ne seraient pas un peu flat design, peuchère ?

Les effets, à quoi ça sert ?

En effet, un bon logo n’a besoin d’aucun artifice ! Récemment (bon, ok, il y a 10 ans), la mode du« web 2.0 » — propulsée par l’accès au haut-débit pour tous, le piratage facile de Photoshop et la démocratisation de l’informatique à domicile même chez les prolos comme moi — nous apportait une vague d’amateurisme dans le monde du design et du web (va checker mon super article L’informatique facile m’a tué, j’cause du sujet). L’amateurisme, avec sa bite et son couteau, a décidé de planquer son manque d’inspiration derrière une ignoble mode du« shiny-glossy-3d-futuro-classy-owi-owi-tu-la-sens-bien-ma-trentaine-de-filtres-toshop », déjà bien engagée par Aqua (Apple) et Aero (Microsoft).

Aucun besoin d’être original ou créatif : tant qu’il y a plein de reflets et d’ombres, c’est trop la classe. MarieJulien en parlent très bien ici (avec de bons exemples) : Tutorial Illustrator : comment faire un bon gros logo web 2.0 qui tâche.

Alors encore une fois, c’est là de la bonne grosse généralité : tout ce qui a des effets n’est pas moche ou à jeter. Mais on a vraiment assisté à une bonne décennie d’agression visuelle et mentale, la médiocrité et la pauvreté créative masquée habilement derrière la« technique » (je me gausse).

Un bon logo/design n’a pas besoin d’artifices

C’est tout.

Fort de toutes ces réflexions, regardons le logo d’Instagram : c’est un polaroïd. Bon.

Et ? Hé ben c’est tout. C’est aussi nul que ça. Le logo de Kodak était mieux foutu : il intégrait un appareil photo dans l’initiale du nom de la marque. Mais là, non. C’est nul. Vide. Creux.

Des logos comme ça, même moi qui suis aussi créatif qu’une pelle, je peux en faire plein ! Nike ? Mmmh, allez, une godasse de sport avec des reflets, ça va le faire ! Pour Carrefour, mmh… J’imagine bien un caddie, mais stylisé tu vois ? McDo par contre c’est facile : un hamburger, avec des ombres sur le côté droit.

Alors entendons-nous bien : un appareil photo, une babouche, ou une rondelle de steak, ça peut être de très bonnes idées ; mais à la condition seulement d’avoir l’étincelle créative (et le travail qui va avec) qui rendra le tout ingénieux. Comme pour “Fish Food”, “Fence”, etc. Parce que sans ça, c’est juste l’illustration du sujet, et ça n’a aucun intérêt.

Alors oui : le nouveau logo d’Instagram est moche. Basique, simple, et n’exprime rien. Mais ce n’est pas une question de flat design ! Ce logo a toujours été mauvais. La base est basique, simple et n’exprime rien non plus ! Et le fait de l’avoir sobrement décoré de jolis reflets, de petites ombres et de trois couches de lens flare (coucou J.J Abrahams !) ne peut rien y changer.

Avec une idée de base foireuse, le résultat sera pourri ; peu importe le traitement.

Un exemple visuel pour s’en convaincre dans ce très bon article : Are you victim of a bad brand design? — Robert Hacala.

À la limite, ce nouveau logo Instagram intègre l’idée de filtre de tons, ce qui est quand même LE truc qui a rendu l’app populaire (rendre les photos quelconques et moches intéressantes en leur donnant un semblant de personnalité grâce à des filtres). Donc ma foi, celui-ci est peut-être plus dans le ton (haha !) que son prédécesseur.

Bref, arrêtez d’étaler votre haine sur Twitter, pitié. Vous vous souvenez du tout premier logo de l’app (c’est une question rhétorique, je sais que vous ne vous en souvenez pas ; vous ne le connaissez probablement même pas) ? Bon, dans trois mois ce sera pareil avec le nouveau : vous ne vous souviendrez pas du précédent.

Si vous avez peur du moindre changement, sachez qu’il existe une règle :

La version n-1 semble toujours meilleure que la version n. Vous oublierez toujours que vous avez craché la version n-1 à sa sortie, et vous cracherez toujours sur la version n+1 quand elle sortira.

Un point sur le flat design

Le flat a toujours existé

Il évolue, il grandit, il change, mais il a toujours été là. Non, ce n’est pas une mode : c’est un rafraichissant retour à la moelle du métier.

Concrètement, on vient de voir que ce qui fait un bon logo / design, c’est l’idée qu’il véhicule, et comment il respecte (voire sublime) la thématique de la marque ou de l’entreprise. Et l’exemple de tous les logos géniaux que j’ai montré plus haut est parlant. Une bonne idée n’a pas besoin de se cacher derrière des effets. On peut même faire le pronostic inverse : si un logo / design est bourré d’effets, c’est probablement qu’il compense un manque de bonnes idées.

Un bon logo doit pouvoir être réutilisé sur n’importe quel support, à n’importe quel taille, être toujours reconnaissable avec une seule couleur, avec un contraste différent… Bref, il doit être à l’épreuve de tout. Si le fait d’enlever un effet rend le tout brouillon, difficile à comprendre ou reconnaître, c’est que son design est mauvais. Et la simplicité du flat, sous toutes ses formes (comme le Material design de Google) est une réponse logique et cohérente.

Le flat est un ensemble de règles de création, rien de plus. Il n’oblige personne à faire un carré biseauté, un rond et un point pour représenter un appareil photo. Il pose juste les bases pour obtenir un résultat simple, sobre et exploitable en toutes circonstances.

C’est comme avec n’importe quel courant artistique : on peut faire du très bon cubisme, du très mauvais académique, du baroque raté, de l’impressionnisme génial, et de l’art moderne intéressant. Il en va de même pour le flat ou pour le glossy.

La connerie

Au cours d’un« débat » sur le flat design, quelqu’un m’a sorti une excellente ânerie : Le cerveau est habitué à voir des objets réels, il a besoin de détails pour reconnaître un objet, sinon ça le fatigue !

À quiconque croirait à ces stupides sornettes, laissez-moi vous montrer ceci :

smile-flat

Vous avez immédiatement vu un visage qui sourit (sinon, c’est que vous avez probablement un problème neuronal ; ou que vous êtes d’une extrême mauvaise foi). Alors que si on est un peu honnête, il ne s’agit pas d’un visage, mais d’un cercle et de trois courbes.

Au contraire de cette affirmation stupide, le cerveau est parfaitement capable de reconnaître très rapidement une représentation simple d’un objet comme étant l’objet lui-même. C’est une question de survie.

Pour en savoir un peu plus, je vous recommande cette vidéo de la géniale chaîne YouTube e-penser : ‘10 choses insensées que votre cerveau sait faire sans e-penser’. Il y a justement dedans le sujet de la paréidolie.