Emmanuel Béziat

Emmanuel Béziat

jeune développeur web perpignanais passionné de geekeries

je travaille chez Italic, une chouette web-agency à Paris

je fus également formateur web à l’IDEM, dans le sud plein de soleil

Pourquoi je m’engueule avec les experts SEO

Chaque fois que je dois subir des recommandations SEO, je grince des dents, je bave et je deviens tout vert. Voilà pourquoi je m’engueule régulièrement avec les experts SEO (et au fait, c’est quoi un bon expert SEO ?)

Le bon, la brute, et le truand

Bon ben le mauvais expert SEO, y voit Google, il expertise. Le bon expert SEO… Bon, y voit Google… Ben il expertise, mais… Enfin c’est un bon expert SEO quoi.

De l’utilité même de la chose

Il fut un temps où le fin du fin de l’optimisation SEO, c’était de blinder les balises meta keywords de mots de tous poils, de faire des astuces à base de “on mets des contenus avec beaucoup d’importance et je le cache en CSS”, et autres perversité.

Aujourd’hui, les techniques se sont bien plus perfectionnées, au point qu’est né le métier d’expert SEO. Pourtant, dans ma tête on a toujours affaire à de la bidouille optimisatrice — mais bon, pourquoi pas.

Là où ça me gêne, c’est quand ces recommandations vont à l’encontre de recommandations de langages, juste pour faire plaisir à sa majesté Google. Par exemple, le fameux Il faut un h1 par page : La norme du html5 permet de recommencer un nouveau contexte hiérarchique dans les balises articles, section, aside…. En un mot comme en cent, si j’ai 60 articles sur ma page (Ce qui serait complètement con, mais admettons), je peux avoir autant de h1 comme titres d’articles. C’est parfaitement valide, et ça se retrouve un peu partout dans la documentation officielle du W3C. C’est même pris en compte par les navigateurs, qui vont adapter le style par défaut en fonction du niveau d’imbrication (exemple sur jsfiddle).

Alors cette recommandation « h1 c’est le titre de la page épiciétou ! », hé bien je me pose plusieurs questions :

  1. A-t’on vraiment vérifié que Google référence mieux une page si elle ne possède qu’un seul h1, et que c’est bien le titre de la page ?
  2. Si oui (ce que j’espère bien !), où sont les liens des benchmarks, les protocoles des tests, et leurs résultats ? Chaque fois que je tombe sur un article avec des recommandations SEO, les explications sont « parce que c’est comme ça » et les sources (quand il y en a) sont toujours d’autres articles provenant d’autres sites de SEO. Qui fait autorité en la matière, et pourquoi ?
  3. D’ailleurs, ces protocoles de tests, ils sont bien valides et corrects ? Permettent-ils vraiment de prendre en compte les subtilités diverses des moteurs de recherche ? Parce que bon, les résultats de recherche sont influencés par plein de paramètres, notamment la localisation géographique, la publicité, les habitudes de navigation…
  4. Et enfin, de quand datent ces recherches ? Les algorithmes de Google changent régulièrement, si ça date de 2014, à quel point est-ce encore pertinent ?

Et surtout, si tout ça est bien avéré : en quoi est-ce que Google aurait le droit d’envoyer chier une norme du langage ? Moi j’ai fait mon choix : la doc a raison.

De la forte variation des résultats

La page de résultats de recherche d’un moteur (Google, Bing, Yahoo, etc.) est déterminée par un ensemble de paramètres et de variations. Ces variations vont influer sur la liste des liens qui seront affichés. Entre autres, un moteur tient compte des résultats dits “organiques” (basiques), des habitudes de navigation d’un utilisateur, de ses termes de recherche, de la publicité que feront différents sites, de la localisation géographique actuelle, voire même de l’actualité.

Bon, je comprend tout à fait que lorsqu’on parle d’optimisation, on parle d’être bien placé et bien référencé, et pas d’être premier à tout prix. Mais quand même : on est bien plus dans de la prédiction de probabilité que dans une garantie de résultat.

En terme de référencement, on ne maîtrise (presque) rien

Google peut afficher les informations d’un site de plusieurs façons différentes. Il peut se contenter de mettre le titre du site et un extrait de la page (souvent, issu de la meta description), ou bien afficher plusieurs subtilités :

  • présenter un fil d’ariane
  • ajouter une série de liens internes (sitelinks ou mini-sitelinks)
  • choisir d’afficher un contenu par date
  • proposer une version en cache
  • rajouter des liens dans l’extrait
  • afficher ou non le « nom du site »
  • mettre en place un affichage des avis reccueillis (une note, en gros)
  • afficher une petite vignette
  • mettre une liste d’événements
  • si vous avez un site marchand, il peut afficher le prix du produit et sa disponibilité

Exemple de résultat de recherche Google

Et tout ça, c’est Google seul qui décide. Si vous voulez obtenir un de ces éléments, il faut le polir dans le sens du poil, faire à la lettre tout ce qui est préconisé pour obtenir le résultat et… Croiser les doigts. Prier pour que le grand patron du SEO ait de la miséricorde pour votre site, et propose bien le contenu que vous souhaitiez présenter. Si jamais il ne le fait pas, vous ne pouvez pas le lui demander. Si jamais il le fait mal, vous ne pouvez pas le corriger. Si jamais il se trompe, vous l’avez dans le fondement.

En clair : vous lui léchez les semelles en espérant qu’il soit clément, et vous n’avez pas votre mot à dire. C’est ça, un moteur de recherche : on ne maîtrise pas grand chose.

À partir de là, est-ce que ça vaut vraiment le coup de se casser l’oignon pour avoir peut-être un résultat ?

Ce qui marche vraiment

Le seul point que j’estime fonctionnel en terme de référencement, c’est la popularité du site. Pas son code, pas sa fréquence de publication, pas sa présence sur les réseaux sociaux, pas à quel point il fait de la lèche aux annonceurs, pas le nombre de services Google présents dessus. Tout ça, ce ne sont que des moyens, des vecteurs. Le cœur du système, ça reste la popularité.

Besoin de preuves ? perdu.com.

Du vieux html. Un code inchangé depuis 1998. Une page, avec un contenu ultra basique, aucun texte. Aucun effort sur le référencement. Absolument aucun outil de tracking, aucun script d’aucune sorte. Pas de charset ni de langue précisés. Même pas du CSS. Juste un code html tellement court et simple que je peux le coller ici sans que ça ne prenne de la place :

<html><head><title>Vous Etes Perdu ?</title></head><body><h1>Perdu sur l'Internet ?</h1><h2>Pas de panique, on va vous aider</h2><strong><pre>    * <----- vous &ecirc;tes ici</pre></strong></body></html>

Rien que ça. Et pourtant, tappez-donc « Perdu » dans votre Google-chéri. Boum, première place, sans le moindre effort de référencement, sur un mot-clé ultra-bateau et qui serait jugé complexe à référencer — parce que pour des raisons évidentes, un simple mot de référence comme “chaussure” ou “téléphone” n’aurait aucune chance de passer devant les milliers de résultats de sites de vente de chaussures ou de téléphones).

Et pourtant, le résultat est là : ce site simple, vide, sans aucun but, est premier résultat de recherche, devant Wikitionnary et tous les sites de dictionnaires, sur 81 200 000 résultats.

Et la raison, c’est que ce site est une vieille blague d’internet, qui s’échange par mail depuis vingt ans. Le site qu’on s’envoie au boulot pour détendre. Le genre de site qu’on se montrait après avoir reçu un powerpoint avec des blagues grivoises.

Ce site est populaire, et sa popularité le référence en top des recherches sur un mot-clé basique. C’est tout.

C’est pour ça que je gueule

Voilà, vous savez. Quand un expert SEO me dit que je devrais faire telle ou telle pirouette pour améliorer mon référencement, je m’insurge. Pourquoi tout tenter pour le référencement, comme si c’était la seule raison d’être d’un site web ? Je comprend le côté “déformation professionnelle”, mais bon dieu, un site est fait pour être lu par des humains !

Je cite l’extrait d’une conversation que j’ai eue sur un forum (l’auteure m’a gentiment autorisé à reprendre ses propos — merci à toi).

Si ça vous plait tant de vous persuader que le SEO n’a pas un impact positif majeur sur un site eh bien tant pis pour vous, et tant mieux pour les autres : leurs sites auront toutes les chances d’être mieux placés que les votres. Continuez donc tant qu’il vous plaira, personnellement ça m’arrange tout à fait !

Voilà mon point de rupture : faire un site n’est pas un concours de qui a la plus longue / la plus lubrifiée (oui, j’essaie de penser à tout le monde !). C’est pas une course à « qui sera le mieux référencé », et je n’arrive pas à supporter qu’on puisse l’envisager comme ça. Je ne cherche pas à ce que mes sites soient mieux référencés. Je n’en tire ni bénéfice, ni satisfaction ; et il y a plein d’autres gens qui font de même.

Ce à quoi elle m’a répondu (pertinemment) :

Si c’est pour un site personnel sans ambitions de trafic particulières, qui n’est pas une source de revenus, l’importance est moindre.

Si c’est pour des clients, des entreprises dont le site a pour vocation d’augmenter les ventes et le chiffre d’affaires, ou dont le site est la source principale de clients et de revenus, l’importance est primordiale.

Si c’est pour des clients, des entreprises dont le site a pour vocation d’augmenter les ventes et le chiffre d’affaires, ou dont le site est la source principale de clients et de revenus, alors ils ont fait une étude de marché et prévu un plan marketing qui se chiffre au moins au triple du prix du site (sinon ils vont dans le mur). Et c’est ça qui leur rapportera du trafic.

Le SEO est un Iceberg

C’est un peu le gros reproche que j’ai à faire à tout ça.

Toutes les campagnes SEO vantées par les experts ne sont que « leur » partie du résultat ; elle est toujours présentée comme grâce à notre super travail sur le SEO, le trafic de l’entreprise a doublé et leur business a enfin démarré !. Ce qu’ils oublient de dire (ou ne savent pas), c’est que derrière, il y a eu une campagne marketing complète, un vrai travail sur la communication de l’entreprise et du site. Très souvent, une campagne adwords à plusieurs milliers d’euros. C’est ça qui a fonctionné. Le SEO est le petit carton “joyeux anniversaire” sur le dessus du gâteau : ça sert à dire que c’est un gâteau d’anniversaire, rien de plus.

Google a fait un joli travail pour convaincre les fabricants du carton que leur métier est le plus important, que sans eux le gâteau est immangeable — grâce à ça, il y a tout un marché de gens qui se félicitent de faire les meilleurs morceaux de cartons qui rendent les gâteaux délicieux.

Oui, bien choisir son wording est important. Renseigner les meta intelligemment est un gage de meilleur référencement. Mais je refuse de me plier à des recommandations fantaisistes à base de il faut tant de balises par page pour que saint-Google/Bing/Yahoo vous apporte la félicité.

Coder pour les humains

Occupons-nous déjà de faire un travail efficace pour nous-mêmes. Ce qui m’importe quand je visite un site, c’est que le contenu soit bon, qu’il soit lisible, et facile à utiliser. Je m’attache à ce que mes visiteurs ait la même impression. Qu’ils puissent partager une page sur leurs réseaux préférés, et que ça fonctionne du premier coup. Que le site se charge bien, qu’il fonctionne sur la plupart des supports d’autourd’hui. Qu’il soit accessible même à des gens ayant un handicap.

Que Google soit content, je m’en tamponne l’oreille avec une babouche. D’ailleurs, je n’ai pas mis Google Analytics, alors je ne sais même pas si je fais plein de vues ou pas. Et toc !